Derrière les colonnes de chiffres et les termes juridiques, la plainte déposée par Charles Henri Jean-Marie Baker raconte une histoire plus profonde : celle d’un espace productif réduit au silence par la force. À Santo 19, ce ne sont pas seulement des champs qui ont été perdus, mais un équilibre fragile entre travail, subsistance et projection économique.
L’attaque attribuée au gang « 400 Mawozo » et à Wilson Joseph, alias « Lanmò 100 jou », a provoqué une rupture nette : impossibilité d’accès au site, paralysie totale des activités, destruction irréversible d’outils de production. Une exploitation agricole ne se reconstruit pas comme un simple bâtiment ; elle repose sur des cycles, des sols, des systèmes d’irrigation, des savoir-faire.
Les pertes recensées traduisent une diversité agricole aujourd’hui anéantie : agrumes, légumes-racines, légumes-feuilles, céréales et bananes. Cette pluralité n’est pas anodine ; elle assurait une résilience alimentaire locale. Sa disparition accroît mécaniquement la dépendance aux circuits d’approvisionnement déjà fragilisés.
La destruction d’équipements lourds – tracteurs, génératrice, système d’irrigation – révèle un autre niveau de violence : celui qui vise l’avenir. Sans ces outils, aucune reprise n’est envisageable à court ou moyen terme. Le chiffre de 25,9 millions de gourdes n’est donc pas qu’un montant comptable ; il représente un horizon productif effacé.
Nanzile s’attarde ici sur une question essentielle : combien d’exploitations semblables ont disparu sans jamais laisser de trace écrite ? Ce dossier, par sa rigueur documentaire, offre un rare aperçu de ce que l’insécurité coûte réellement à la production nationale, bien au-delà des discours abstraits.
