Elle s’appelait Stephora Anne-Mircile Joseph. Elle avait 11 ans, aimait dessiner, réussir ses devoirs de mathématiques et croyait que le mannequinat lui apprendrait à marcher la tête haute.

Sa famille avait quitté le Cap-Haïtien en quête d’un quotidien plus paisible en République dominicaine. Selon ses proches, ses débuts n’avaient rien d’idéal : railleries sur sa peau, remarques sur ses cheveux, solitude comme compagne de classe.

Mais la fillette avait commencé à se reconstruire : concours scolaires, cours de maintien, petites victoires de confiance.

Le 14 novembre, son école annonce une excursion — un « cadeau » pour les meilleurs élèves. Direction : Hacienda Los Caballos, un lieu de piscine et de loisirs. On lui avait promis amusement et récompense.

La mère raconte avoir reçu un appel confus : Stephora « ne se sentait pas bien ». On lui demande un hôpital, puis de venir la chercher d’urgence — bien loin de Santiago. Arrivée sur place, elle attend. On lui refuse l’accès. Les minutes deviennent heures. Puis des policiers arrivent. Enfin, un médecin légiste lui annonce que sa fille est morte, sans autre explication.

Depuis, une question obsède la famille : comment une excursion encadrée a-t-elle pu se terminer dans une piscine sans qu’aucun adulte ne vienne la secourir ?

Cette semaine, un tournant judiciaire : quatre cadres de l’école ont été arrêtés, accusés d’homicide involontaire.

Mais derrière cet acte judiciaire se cache un malaise plus profond : pour de nombreux observateurs, le drame de Stephora incarne la fragilité des enfants haïtiens dans un pays où beaucoup ne se sentent jamais vraiment protégés.

Le site de l’excursion aurait été fermé après l’accident. Les autorités éducatives n’auraient pas été formellement informées de la sortie, alors que la loi dominicaine impose un protocole strict dès qu’une piscine ou un plan d’eau fait partie d’une activité scolaire.

Le rapport d’autopsie complet n’a pas encore été rendu, mais la famille attend bien plus que des résultats médicaux : elle réclame un visage, une voix et une justice pour sa fille.

L’histoire de Stephora touche parce qu’elle dépasse l’accident. Elle éclaire la difficulté de grandir haïtien ailleurs, mal compris, mal encadré, parfois mal protégé.

Son nom, aujourd’hui, porte une attente : que sa mort ne soit pas simplement enregistrée mais comprise.

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